Gynécologue, Obstétricien, échographiste et blogueur, Abdoulaye Diop est, depuis 2012, le Médecin chef à la clinique NEST à Dakar, une clinique spécialisée dans la prise en charge de la mère et de l’enfant. Il est très actif et très suivi sur les réseaux sociaux avec une page Facebook, une chaîne YouTube et deux blogs. Son credo est : « instruire les femmes pour éduquer le monde ».

Abdoulaye Diop est un médecin engagé dans les causes féminines à la fois en ce qui concerne son travail de gynécologue mais, aussi, de blogueur. Il utilise beaucoup les réseaux sociaux pour sensibiliser sur les questions liées à la santé de la mère et de l’enfant ; pour informer sur les principales pathologies auxquelles les femmes sont confrontées et pour défendre les causes féminines telles que les MGF (Mutilations Génitales Féminines) et les VBG (Violences Basées sur le Genre).

Les réseaux sociaux lui donnent la possibilité de parler et d’informer sur beaucoup de sujets qui sont encore tabou. Un exemple est la question de l’infertilité, un sujet très peu connu et sur lequel les données manquent. Nous le rencontrons à la boutique des droits de la Medina à Dakar. Il nous explique qu’au Sénégal, ce sont les femmes à être indexées en cas d’infertilité du couple : elles peuvent être isolées au sein de la famille, obligées à divorcer ou à accepter des coépouses.

Diop vise à sensibiliser sur le fait que les hommes sont aussi impliqués que les femmes en cas d’infertilité. La difficulté majeure qu’il rencontre, en travaillant sur la question, est que les hommes refusent quiconque responsabilité et refusant ainsi de faire des analyses spécifiques. Il est important, selon le gynécologue, de dialoguer avec les couples pour leur expliquer les causes de l’infertilité et les solutions possibles, comme la procréation médicalement assistée (PMA).

Selon le Dr. Diop, une autre grande problématique de la PMA au Sénégal est qu’elle est réalisée quasi exclusivement dans le secteur privé et a des prix souvent élevés qui rendent ce service inaccessible à la plupart de la population.

Dans son cabinet, le Dr. Diop reçoit aussi régulièrement des patientes victimes des conséquences d’avortements clandestins, à savoir des hémorragies, des douleurs et, parfois, des cas d’infertilité.

Il tines à préciser que les statistiques, même si difficiles à obtenir puisque l’avortement est officiellement interdit, estiment à plus de 34.000 les cas d’avortements clandestins en 2020 au Sénégal[1]. Ces avortements ont de conséquences telles que les hémorragies et, parfois, des décès. Dans le premières dix causes de décès des femmes dans le premier trimestre de grossesse, il y a les avortements clandestins. Pour arriver à revoir à la baisse le taux de mortalité et de morbidité des avortements, Dr Diop se déclare militant de l’amélioration de la loi pour autoriser l’avortement médicalisé dans les cas de viol, inceste ou dans les cas d’enfant portant une malformation incompatible avec la vie.

Même si le Sénégal a ratifié le Protocol de Maputo, l’avortement médicalisé est permis seulement en cas de risques pour la vie de la mère, avec une procédure très longue et complexe qui prévoit l’autorisation de deux autres médecins, autre que le soignant, dont un nommé par tribunal.

Dans le cadre du Projet d’appui à la Stratégie nationale d’égalité et d’équité de genre (PASNEEG), financé par l’AICS, un comité technique avait été mis en place par le Ministère sénégalais de la Justice, afin de proposer une harmonisation de la législation nationale avec les instruments juridiques internationaux et régionaux ratifiés par le Sénégal. Avec le PSNEEG II, l’AICS est en train de coordonner un plan de plaidoyer avec les autres PTF afin de promouvoir la révision des lois discriminatoires (du code de la famille, code pénale, code déontologique) avec les parlementaires et le Ministère sénégalais de la justice et lutter contre l’impunité en cas de viol et de pédophilie en encourageant l’application de la loi du 10/01/2020.

Un autre grand tabou concerne le plaisir féminin. Il y a plusieurs femmes qui utilisent des artifices pour pouvoir augmenter le plaisir qu’elles procurent à leur partenaire et qu’ils inscrivent dans le concept de « diongué » sénégalais (l’art de la séduction) qui vise surtout le plaisir du mari, en incluant la sphère sexuelle. Malheureusement, parmi ces artifices, il y en a de potentiellement dangereux et qui ont des répercussions sur la santé des femmes, comme l’insertion dans leurs organes génitaux de poudres, encense, crèmes et plantes. Hors, l’utilisation de ces substances peut favoriser des infections et/ou des lésions des muqueuses et augmenter le risque d’infection en introduisant des germes extérieurs ; le risque de contracter une infections sexuellement transmissibles (comme le VIH) et de cancer[2]. Le Dr. Diop sensibilise sur ces aspects qui ont des conséquences néfastes sur la santé en utilisant aussi l’hashtag #LeVaginNestPasUneCuisine via les réseaux sociaux.

Le projet « Essere Donna », financé par l'AICS et mis en œuvre par l’ONG COSPE, vise à améliorer la santé sexuelle et reproductive des femmes de la région de Sédhiou, en Casamance, et à les soutenir dans l'exercice de leurs droits. Les problèmes liés à la santé sexuelle et reproductive sont nombreux et concernent la mortalité maternelle et infantile, les grossesses précoces non désirées, la propagation des maladies sexuellement transmissibles et non transmissibles. A cela s'ajoutent des pratiques répandues de mutilations génitales, de mariages précoces et de violences.

Très souvent, les femmes ne peuvent pas décider de leur propre corps et n'ont pas l'autonomie pour gérer les ressources économiques à allouer à la santé. COSPE accompagne les groupes ressources des femmes qui organisent de séances de discussions et sensibilisations sur les questions liées au pouvoir décisionnel sur la santé, les maladies et les risques d‘accouchements à domicile, les VGB et les pratiques néfastes sur les enfants et les jeunes filles, etc.

On commence également à parler de la violence obstétricale. Du point de vue culturel et symbolique, le rapport entre les soignants et les soignées est très déséquilibré. C’est dans ce déséquilibre qui s’installe la violence. Le Dr. Diop définit les violences obstétricales comme tous les actes, les paroles, les comportements qui sont réalisés par le personnel médical et paramédical à l’endroit des patientes lors d’une consultation gynécologique et/ou obstétricale allant du manque de respect à l'abus pur et simple, causant des traumatismes chez les patientes. Le personnel médical et paramédical, conclut le Dr. Diop, doit être sensibilisé car, le plus souvent, il n'y a pas de réelle prise de conscience du problème.

 

Par Eugenia Pisani

 

[1] https://www.ndarinfo.com/Avortements-au-Senegal-34-079-cas-recenses-en-2020_a32536.amp.html

[2] Pour plus d’info : https://ikambere.com/images/ressources/livre-pratiques-sx-ikambere.pdf

 

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