Khaira Thiam

Dialogues d'activisme avec Khaira Thiam, psychologue clinicien sénégalaise spécialisée en pathologie psychiatrique et criminologie clinique, militante féministe.

Après avoir poursuit ses études et une partie de sa carrière professionnelle en France, depuis 5 ans elle est retournée au Sénégal où elle a son cabinet de psychothérapeute et où elle se bat au quotidien pour les droits des femmes.

En tant que psychothérapeute, Mme Thiam travaille beaucoup sur les conséquences des violences psychologiques, une typologie de violence qui est difficile à détecte, surtout au début, mais que on reconnait à partir des dégâts qu’elle produit, que ça soit psychique, physique, émotionnels.

Au Sénégal, entre août et décembre 2020, dans les 04 boutiques des droits Dakar, Thiès, Kaolack, Kolda soutenues par le projets PASNEEG II, l’AJS – association des juristes sénégalaises – a enregistré 3253 consultations juridiques dont 156 pour de cas de violence psychologiques. En partenariat avec l’Association des Juristes Sénégalaises (AJS) et avec l’appui de l’Agence italienne pour la Coopération au Développement, les boutiques de droits ont été créés pour la promotion et la protection des droits des populations démunies en fournissent (gratuitement) un service d’accompagnement juridique et judiciaire et une prise en charge psychosociale.

Même si ce n’est pas possible d’avoir une définition spécifique, définitive et absolue de violence psychologique car elle est sujet-dépendante, Mme Thiam nous spécifie que la violence psychologique se retrouve systématiquement dans de situation d’abus, que ça soit des abus parentaux, dans le couple, au travail, entre amis, dans la rue, etc.…

Selon Mme Thiam, un exemple pratique et très recourant au Sénégal de violence psychologique, c’est la charge mentale que doivent subir les femmes lorsqu’elles décident les vêtements à porter dans l’espace public. La manière de s’habiller peut leurs faire subir des harcèlements dans la rue, leurs faire sentir sollicitées jusqu’à subir des agressions.  Pour cela, chaque femme peut avoir une réaction et une approche très différente qui va influencer son comportement : il y a celles qui préfèrent se voiler pour se sentir plus protégées (sans qu’il ait une réelle motivation religieuse), celles qui utilisent les vêtements en signe de proteste et celles qui préfèrent ne pas sortir et éviter les espaces publiques.

En ce sens, la société sénégalaise ne comprend pas à fond les répercussions affrontées per les femmes victimes de violences et du patriarcat. « On est dans une société qui permet aux hommes, par leur regard, d’assigner les femmes : elle, c’est une femme facile, elle c’est une fille bien. Ce sont les hommes à le dire, ce ne sont pas les femmes qui s’auto déterminent » explique Mme Thiam en précisant que « cette violence psychologique suit le même mécanisme que la colonisation : les hommes colonisent l’espace publique, occupent l’espace psychique des femmes et, par conséquence, aussi leur santé mentale ».

En plus, dans son rôle de psychologue clinicienne, Mme Thiam constate que rarement il est reconnu que la violence psychologique aye une incidence physique, à la fois pour les hommes que pour les femmes. Au Sénégal il y a énormément des personnes qui souffrent de goitre, de maladie chronique qui sont mises à feu par des problématiques psychiques, des personnes qui vivent avec de troubles somatoformes (maux de dos, migraines, constipations…) qui ont une origine psychique qui va déclencher un certain nombre de réaction corporelles.

Pour cela, Mme Thiam n’aime pas le terme « violence basée sur le genre » car ce terme réduit trop la portée de la question.

Per exemple, en parlant de violence conjugale, il faut prendre en considération aussi les effets que ce climat aura sur les enfants du ménage qui, a un certain moment, pourrons reproduire le comportement de l’abusant(e) ou de l’abusé(e) ou développer toutes une série de problématiques à leur tour. La violence familiale se manifeste sur plusieurs niveaux diffèrent. Un autre exemple en ce sens c’est l’inceste. Aujourd’hui au Sénégal, comme dans d’autres pays européens d’ailleurs, il n’y a pas une loi spécifique qui règle les cas d’inceste. Le code pénal règle le viol et la pédophilie (article 320) mais pas l’inceste : un viol qui peut se reproduire que dans le cadre intrafamilial. L’incestualité, en psychologie clinique et d’orientation psychanalytique, c’est une atmosphère où les places de chacun ne sont pas bien définies, les intimités ne sont pas respectées, le corps de l’autre est à disposition en permanence. Aujourd’hui l’inceste au Sénégal n’est pas pris en compte dans le code pénal ni dans les politiques liés à l’enfance et cela a des répercussions sur le bienêtre psychologique des adultes de demain.

Effectivement, la violence psychologique touche soit les hommes que les femmes. Des 156 cas de violences psychologiques traitées per les boutiques de droits, 23 concernent des hommes. Avec le développement des structures économique des derniers 20 ans, le contexte social a beaucoup changé, en allant vers l’individualisme au détriment du concept de « grand famille ». Si d’un côté les sénégalais vivent seuls et ont perdus les conforts des grandes maisons familiales (une place ou loger, être nourris et partager les responsabilités et dépenses économiques), de l’autre la solitude a renforcé les fortes pressions venant de la famille élargie. Ces pressions et attentes peuvent causeur beaucoup de frustration et déclencher des comportements agressifs et des problèmes d’additions) : le Sénégal est le 4ème pays en Afrique de l’ouest pour consommation d’alcool et les drogues sont toujours plus répandue parmi les très jeunes (marijuana, cocaïne, lsd, drogue du viol). Il y a aussi des autres comportements additifs tabou, surtout si c’est les hommes qui les commentent, comme l’hypersexualité qui a des conséquences telles que la détresse, les grosses précoces et les infanticides.

Pour cela il est de plus en plus urgent de promouvoir l'adoption par les communautés d’attitudes, de comportements et de pratiques favorables à la non-discrimination, à la lutte contre les inégalités et à la sauvegarde de l’intégrité physique et psychologique des populations, y compris les femmes et les filles.

C’est dans ce cadre que le Gouvernement Italien continue sa collaboration avec le Sénégal dans la mise en œuvre de la Stratégie nationale pour l'équité et le genre 2016 - 2026 (SNEEG). Avec le PASNEEG I (2015-2019), des résultats important ont été enregistré dans le renforcement et la mise en place de cinq boutiques de droits en partenariat avec l’Association des Juristes du Sénégal (AJS) dans les régions de Dakar, Thiès, Kaolack, Kolda et Sédhiou et dans la budgétisation sensible au genre. Avec le PASNEEG II l’Italie et le Sénégal veulent capitaliser et modéliser les bonnes pratiques enregistrées à travers, entre outre, l’harmonisation de dispositions de certains textes législatifs et réglementaires nationaux avec les engagements internationaux auxquels le Sénégal a souscrit et en soutenant les changements de normes et schémas sociaux et culturels qui légitiment les discriminations, les violences et les pratiques traditionnelles néfastes envers les femmes et les jeunes filles.

Pour cela, Mme Thiam souligne l’importance de mettre au centre du discours politique la question des droits des femmes en tenant compte du point de vue des femmes à travers l’action de représentantes dans les instances politiques. Même si le Sénégal a obtenu des progrès significatifs sur le plan de la participation politique grâce à l’adoption de la loi sur la parité (2010), qui a contribué au renforcement du leadership féminin au niveau de l’assemblée nationale et dans les collectivités locales, la parité est encore loin d’être acquise. Par exemple, sur les 557 municipalités que compte le pays, seules 13 sont administrées par des femmes et leur action est ainsi souvent centrée sur la mobilisation des partisans ou l’animation des rassemblements, loin d’où se décident les stratégies politiques. Cette approche « women voice » est un des piliers des lignes directrices (2020 -2024) de la coopération italienne pour l’autonomisation des femmes qui visent à que les femmes et les filles soient des sujets qui régissent les processus de développement entant qu’agents du changement dans tous les domaines du développement durable.

Vi(e)sible – À Dakar, une exposition de l’AICS sur le thème de l’inclusion sociale en collaboration avec le photographe sénégalais Alun Be

Célestine est une jeune fille, à peine adolescente, qui a une passion pour le chant. Elle regarde sa photo avec fierté. À ses côtés, sa mère, les cheveux rassemblés dans un foulard et le regard fier. "Si je suis ce que je suis aujourd'hui, je le dois à ma mère", dit-elle et elle poursuit : "C'est elle qui m'a toujours motivée et incitée à ne pas avoir peur du regard des autres".

Célestine est l'une des dix protagonistes de "Vi(E)sible", une exposition photographique promue par le bureau de l'AICS à Dakar. Les clichés ont été pris par Alun Be, photographe de la scène culturelle sénégalaise, célèbre pour ses portraits percutantes.

Le projet vise à promouvoir l'inclusion sociale des personnes vulnérables, en particulier les personnes en situation d’handicap.

"Il n'y a pas de personnes handicapées. Il y a des gens qui ont un handicap", a souligné le préfet de Dakar, Jiibi Diallo, dans son discours lors du lancement officiel de l'exposition, qui s'est tenu le lundi 14 juin 2021 au Centre culturel italien de Dakar.

Apprendre à avoir un nouveau regard, tel est l'objectif de l'exposition, qui n'a pas été installée par hasard en plein air, sur la corniche de la capitale sénégalaise. Ici, un va-et-vient constant de personnes et un point de passage vers le centre de la ville. Un lieu de rencontre qui devient aujourd'hui le symbole d'une réflexion sur la normalité de la diversité.

Assis sur un banc, Lamanara, un garçon albinos. Il assiste de loin à la cérémonie de coupure du ruban qui donne le coup d'envoi de l'exposition par les autorités présentes, dont l'Ambassadeur d'Italie au Sénégal, Giovanni Umberto De vito, Aissatou Cissé, Conseillère spéciale du Président de la République du Sénégal et Alessandra Piermattei, Directrice du bureau de l'AICS à Dakar.

Assis à côté de lui, son frère aîné, Ibrahima. Nous allons ensemble voir la photo qui le dépeint, puissant. Il la regarde pour la première fois, impressionné par la force qui s'en dégage. "Il est important que toutes les personnes comme Lamanara deviennent visibles, au-delà des stéréotypes", souligne Ibrahima. Participants, réalisés, visibles, comme le titre de l'exposition.

"La société doit évoluer pour faire en sorte que le handicap physique ou mental n'empêche pas la possibilité d'une vie épanouie dans tous ses aspects" a déclaré Aissatou Cissé dans son intervention. "Chaque personne, qu'elle ait un handicap ou non, doit pouvoir apporter sa contribution à la société, en fonction de ses possibilités. Le problème n'est donc pas dans le handicap mais dans une société ou une pensée commune incapable d'inclure toutes les personnes, en valorisant les capacités de chacun" a-t-elle ensuite conclu.

Lors de la conférence de presse, M. Manga, l'un des enseignants de référence de la langue des signes à Dakar, a également souligné combien il est important que la société crée les conditions permettant à chacun de s'exprimer.

La photographie, un moyen de communication puissant et efficace, a donné un visage et une voix aux personnes les plus vulnérables, leur permettant de devenir des acteurs potentiels du changement dans la révision des politiques publiques et dans le processus de garantie d'un accès égal aux services de base, à la santé, à l'éducation et au travail.

Les photos de Vi(e)sible veulent aller au-delà de la compassion ou de la pitié qui pèsent souvent sur les personnes en situation de handicap. Ces photos envoient un message de respect de la diversité, sous toutes ses formes, en promouvant une culture d'inclusion où chaque personne peut réellement s'exprimer et développer ses capacités.

« J'ai senti tellement de regards sur moi. Trop » dit Célestine « et ces regards me font mal. Mais aujourd'hui, je sais que je peux faire de grandes choses. Ma mère m'a appris à chanter et à ne pas arrêter de rêver. Ce que je veux faire maintenant, c'est donner une voix à toutes ces filles et à tous ces garçons qui sont encore contraints de rester à la maison par leurs familles qui les isolent par peur de la stigmatisation des autres. Ces jeunes ont besoin de sortir, d'être vus, d'être entendus, de vivre. Ma photo est là pour dire à tous que rien n'est impossible et que je suis là pour me faire entendre, pour vivre pleinement ma vie, pour montrer que j’existe, dans toute ma beauté, dans toute ma belle singularité ».

Vi(e)sible sera ouverte au public jusqu'au 4 août 2021.

Par Chiara Barison

« Investo in Senegal » : une opportunité entre l’Italie et le Sénégal. Un appel à projets adressé à la diaspora sénégalaise a été lancé le 15 avril

Un appel à projets a été lancé pour la sélection d’au moins 50 projets d’entreprises à financer au Sénégal. Du 15 avril au 31 mai 2021, tous les entrepreneurs sénégalais de la diaspora, présents en Europe – et notamment en Italie, pourront concourir pour participer à un parcours de formation et accompagnement, mais aussi bénéficier d’un soutien financier pour les idées sélectionnées.

L’appel à projets « Investo in Senegal » est destiné à la sélection d'idées entrepreneuriales qui bénéficieront d’un appui au travers de formations et de coaching. Soixante-dix dossiers seront présélectionnés pour être présentés à une Commission de sélection, qui pourra décider d'apporter une aide financière à au moins 50 d'entre eux. Ces financements seront apportés sous forme de subvention d’un montant compris entre 5 000 et 30 000 euros, à des entreprises existantes ou à de nouveaux acteurs (start-up) dans les régions sénégalaises de Dakar, Diourbel, Kaolack, Louga, Saint Louis, Thiès.

Le projet est géré par AICS Dakar, Agence italienne de coopération, dans le cadre du programme PLASEPRI / PASPED, cofinancé l´Union Européenne. Il est coordonné par Amref Health Africa Onlus-Italia avec la collaboration de CNA (Confédération nationale de l’artisanat et des petites et moyennes entreprises), Fondazione Ecipa, Associazione Le Réseau, LVIA, Associazione OEDS (Organisation des migrants pour le développement du Sénégal), Associazione MODED (Mouvement des étudiants de la diaspora), Centro studi e ricerche IDOS, Rete Ndaari e Fondazione punto.sud. Les consulats sénégalais situés à Milan et à Naples sont des partenaires stratégiques pour les activités du projet et la diffusion large de l’information auprès de la diaspora.

Le texte de l’appel est disponible sur le site : www.investoinsenegal.org

Pour plus de renseignements envoyer un email à : selezione.pasped@gmail.com

A cura di Marina Palombaro

Journée Mondiale de l’Eau: AICS se mobilise pour la qualité de l’eau du fleuve Sénégal

Le projet WEFE-Sénégal, cofinancé par la Commission Européenne et AICS, mis en œuvre conjointement par le Centre Commun de Recherche (CCR) de la Commission Européenne et AICS, a comme objectif d’appuyer l’OMVS (Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal) dans le développement de stratégies durables d’exploitation des ressources, en particulier en tenant compte du lien « nexus » entre eau, agriculture et énergie.

Parmi les activités accompagnées par le projet, une action pilote de monitorage de la qualité de l’eau de surface du fleuve Sénégal est en cours dans deux pays du bassin, le Mali et le Sénégal. L’action est conduite par l’OMVS et coordonnée sur le terrain par les Directions Techniques de l’Eau des deux pays.

Plusieurs paramètres sur la qualité de l’eau ont été identifiés et font l’objet d’analyses, dont les substances microbiologiques et chimiques, les pesticides.

Les résultats de cette action aideront l’OMVS et les Etats du bassin du fleuve à mettre en place des stratégies appropriées pour assurer une gestion durable de l’eau du fleuve, afin de conjuguer les différentes utilisations de la ressource eau, dont la production agricole et l’élevage, la production d’énergie, l’approvisionnement en eau potable pour les populations riveraines et les grands centres urbains, comme Dakar et Nouakchott.

Par Pierluigi AGNELLI

Adelphité: dialogues d’activisme

À partir du 8 mars à la fin de l'année, une série d'événements pour rencontrer et connaître ceux qui luttent chaque jour pour une société plus égalitaire, dans laquelle les femmes et les hommes ont les mêmes droits économiques, sociaux, culturels et politiques. Des hommes et des femmes unis dans la lutte pour les droits de tous.

  

Adelphité est un mot tiré du grec adelph- (αδελφ-) et qui signifie à la fois sœur (adelphé) et frère (adelphos), mais sans connotation de genre. Englobant les deux mots « sororité » (entre femmes) et « fraternité » (entre hommes), l'adelphité désigne des relations solidaires et harmonieuses entre êtres humains, femmes et hommes.

La solidarité est un concept empathique et éthique qui devient politique et nécessaire pour surmonter les obstacles imposés par les diversités et les inégalités. Dans cette série de témoignages, nous raconterons les différentes expériences de personnes, femmes et hommes, porteuses d'un engagement éthique, social et politique qui est solidaire et féministe.

Féminisme signifie combattre le sexisme, et non l’autre sexe. Les femmes et les hommes qui se disent « féministe » travaillent à la création d'une société inclusive et plus égale où les femmes et les hommes ont les mêmes droits économiques, sociaux, culturels et politiques.

C'est précisément parce qu'il existe encore une forte asymétrie sociale et culturelle entre les femmes et les hommes que l'adelphité et le féminisme sont nécessaires pour dénoncer cette situation et promouvoir l’égalité, pour les femmes et pour les hommes, en-deçà et au-delà des différences en déconstruisant les stéréotypes et les sexismes.

8 mars 2021 - Dialogues d'activisme - Bouaré Bintou Founé Samaké, juriste, féministe et militante, Ministre de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille du Mali

Au Mali, l’Agence Italienne pour la Coopération au Développement (AICS) soutien, techniquement et financièrement, le programme « Elimination des violences basées sur le Genre au Mali à travers une approche holistique et intégrée d’offre de services de qualité au niveau national », une initiative mise en œuvre par l’UNFPA, en partenariat avec les Ministères en charge de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille (MPFEF) et de la Santé et Développement. Le projet, d’une durée de trois ans, a démarré le 01/01/2020 et se terminera le 31/12/2022.

L’objectif du projet est de « contribuer à l’élimination des Violences sexuelles et basées sur le genre (VSBG) envers les femmes et les filles ainsi que les cas de morbidité et de décès maternels, à travers un cadre institutionnel renforcé, une implication et responsabilisation des communautés et un accès effectif et équitable aux services appropriés y compris les services de santé sexuelle et reproductive ».

Cependant, le plaidoyer pour l’abandon de certaines normes sociales défavorables à la santé et au bien-être des femmes et des filles reste l’un des défis majeurs du projet. En effet, les pressions sociales créent une instabilité de l’environnement socioculturel freinant le plaidoyer en faveur de la loi sur les VBG. Dans ce contexte, le projet vise à renforcer la coordination des interventions dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive et des VBG à travers la collaboration et l’appui au Ministère de la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille.

Au Mali, le nombre de cas de violences basées sur le genre (VBG) rapportés est passé de 2021 cas de janvier à juillet 2019 à 2981 cas de janvier à juillet 2020 ; soit une augmentation de 47 %.  Ces données révèlent que 99 % des personnes touchées sont des femmes et 36 % des VBG sont des violences sexuelles. L'absence de loi spécifique pour traiter les VBG et la faible application des textes juridiques protégeant les femmes et les filles restent des facteurs contribuant à l'augmentation du nombre de cas. En outre, dans le contexte socioculturel malien et selon une étude du UNFPA (mai 2020), les VBG pourraient augmenter de 49% et plus en raison de la pandémie de COVID 19.

Ainsi, nous nous sommes entretenus avec Mme Bouaré Bintou Founé Samaké, juriste, féministe et activiste qui, le 05 octobre 2020, a été nommée Ministre de la Promotion de la Femme, de l'enfant et de la famille du Mali.

Avant sa nomination, Mme Bouaré Bintou Founé Samaké a été, pendant 20 ans, la Représentante Pays de WILDAF, un réseau regroupant une vingtaine d’associations et une cinquantaine de membres individuels pour la protection et la promotion des droits des femmes et de l'enfant et l’accès à la justice.

Mme Bouaré Bintou Founé Samaké consacre son travail à l'amélioration et la protection des droits des femmes au Mali, en offrant une assistance juridique, une formation sur les droits humains des femmes et des enfants, un accompagnement aux femmes victimes de violence et un soutien au leadership féminin et à la défense des droits. Elle a notamment contribué à l'élaboration de programmes d'études et de formation pour un corps de formateurs para-juridiques. Elle s’est toujours consacrée à la lutte pour l'égalité des sexes et à la mise en œuvre des conventions internationales que le Mali a ratifiées.

Dans un contexte tendu où les islamistes réclament la démission de la Ministre de la Promotion de la femme, de l'enfant et de la famille , nous l'avons rencontrée pour discuter avec elle de questions brûlantes telles que l'engagement et le rôle des femmes dans la société malienne d'aujourd'hui, en politique et dans la lutte contre la violence de genre (VBG). Cordiale et souriante, Bouaré Bintou Founé Samaké, ne se déclare plus la militante d’antan, mais la responsable appelée à s'engager dans son devoir de citoyenne dans un pays fortement touché par une crise multisectorielle.

Elle s'est engagée à réaliser, avec le nouveau gouvernement de transition, toutes les actions identifiées dans le programme national récemment adopté par le Comité national de transition. En tant que ministre pour un mandat de 18 mois, Mme Bouaré poursuit avec audace et fierté la promotion du rôle positif des femmes et de la famille.

Parlant de la situation actuelle des droits des femmes et des droits humains en général, la ministre a souligné que le contexte post-conflit du Mali aujourd'hui, n'est pas du tout encourageant. « Nous nous efforçons de garantir le respect des droits, car de graves violations des droits humains continuent d'être enregistrées. Les femmes, dans le cadre d'un contexte économique informel, ont été fortement touchées par la pandémie de COVID 19. En ayant plus accès à leurs source de revenus courantes, la violence a éclaté avec plus de véhémence. La fermeture des écoles a également exposé les filles à différentes formes de violence ».  Mme Bouaré souligne également que « pendant cette période de pandémie, les structures sanitaires ont été confrontées à la question de comprendre comment protéger les nouveau nés de l'infection de COVID 19. Ces femmes devaient bénéficier d'une double protection : la leur et celle de leurs enfants ». La ministre, préoccupée par la situation que vivent les femmes, s'interroge également sur l'accès aux vaccins et les délais de distribution. Les femmes y auront-elles facilement accès ? (NDLR : les premiers vaccins sont arrivés au Mali le 05/03/2021).

S’agissant de l'engagement politique des femmes maliennes, il porte principalement sur la promotion des réformes. Dans les mois à venir, le pays se préparera à réformer la Constitution, et les femmes devront se battre pour que tout ce que les activistes ont gagné dans le passé soit protégé. Les femmes devront se battre pour les futures élections législatives et municipales qui auront lieu prochainement au Mali, sans parler des questions de paix et de sécurité, fronts sur lesquels les femmes devront aussi continuer à s’engager. Impensable jusqu’à récemment, les femmes maliennes sont désormais inclues dans le comité de suivi de l'accord de paix et il est prévu d'accroître leur présence.

Cependant, fortement souhaité par les femmes maliennes et soutenu par la ministre de la promotion de la femme, de l'enfant et de la famille, le processus d'adoption de la proposition de loi sur la violence basée sur le genre (VBG) a une fois de plus été abandonné par le gouvernement de transition, en raison de fortes pressions de la communauté religieuse.

Cette loi étant en processus d’élaboration, Mme Bouaré a déclaré qu'il s'agit d'une loi "ouverte" qui doit naître du dialogue et du consensus, et non de la confrontation. Selon la Ministre, la plupart des Maliens sont conscients que la violence sexiste existe et que les femmes et les filles en sont souvent victimes. Elle est sûre que pendant son mandat ou après, cette loi sera adoptée au Mali en raison de cette prise de conscience commune. Elle déclare qu'elle n'a pas peur parce qu'elle ne fait "rien qui puisse peser sur sa conscience" et c'est l'essentiel. Bien qu'elle se trouve dans un contexte difficile, la crainte que quelqu'un puisse lui faire du mal, à elle ou à sa famille, n’est pas un frein à son engagement. Face aux menaces et aux insultes, elle n'a courageusement jamais hésité à défendre les autres, déclarant qu'elle travaille avec ténacité pour transformer le conflit en dialogue.

Le concept de féminisme a également été évoqué avec elle lors de cet entretien. Pour elle, juriste, activiste et ministre, il est nécessaire de se référer au contexte, aux circonstances et aux différentes situations. Aujourd'hui au Mali, les féministes se battent pour l'égalité entre les sexes et pour la non-marginalisation des femmes. C'est sa conception du féminisme, c'est-à-dire une lutte que chaque femme mène pour que toutes les personnes aient la même possibilité d'accéder à l'école, aux soins de santé et à tous les services de base.

Par Eugenia PISANI/Claudia BERLENDIS

Le contenu médiatique sur les VBG et discriminations faites aux femmes et filles: rôles et responsabilités des professionnels des médias

Le 10 décembre était le dernier jour des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre. Pour clôturer cette période dense d’événements et pour contribuer à l’amélioration du traitement médiatique des questions liées aux VBG et à la discrimination faite aux femmes et aux filles, le PASNEEG II a organisé un panel sur le thème: « Le contenu médiatique sur les VBG et discriminations faites aux femmes et filles: rôles et responsabilités des professionnel-le-s des médias ».

Le PASNEEG 2 accorde une place importante à la sensibilisation et à la mobilisation sociale pour le changement de comportement. Dans sa phase 2 il envisage de renforcer le débat avec les professionnel-le-s des médias notamment dès la formation initiale pour les inciter à publier des contenus et des programmes propices à la prévention des VBG et au changement de comportements favorables au plein épanouissement de la femme et de la fille.

La sensibilisation passe à travers le langage mais le constat est que les contenus programmatiques des médias est visé plus à la dénonciation qu’à la prévention et au changement de comportement.

Le langage n'est jamais un outil neutre, car il donne forme et voix à la façon dont les êtres humains pensent, interprètent la réalité et agissent dans le monde. Plus ou moins consciemment, les mots que nous utilisons peuvent véhiculer et renforcer les stéréotypes, les idées préconçues et les inégalités mais peuvent aussi exprimer l'affirmation de droits et articuler des concepts complexes tels que la nécessité de promouvoir l'égalité tout en respectant les différences. C’est la raison pour laquelle, le langage et la parole suivent les transformations de la réalité sociale mais peuvent à leur tour l’influencer. L'utilisation d'un langage qui respecte les différences entre les sexes répond au besoin de changements dans la société et à l'affirmation de l'égalité des sexes de trouver une reconnaissance et un soutien dans les mots.

C’est à ce titre que le Projet a identifié l’Ecole Supérieur de Journalisme et des Métiers de l’Internet et de la Communication (EJICOM) pour l’organisation d’un panel qui a touché trois thématiques spécifiques :

  • Droits Humains et VBG ;
  • Femmes et médias (domaine critique 10 Beijing) ;
  • Traitement médiatique sensible au genre.

Le riche panel été composé par 4 activistes, féministes, experte de communication et questions liées au langage. Elles ont ont soulignés comment la «stigmatisation» et le «sensationnel» figurent parmi les «lacunes et faiblesses» dans le traitement des violences faites aux femmes par la presse.

Nafissatou SECK de l'AJS, coordinatrice de la « Boutique de droit » de Pikine, a rappelé au public que en 2020, - de janvier à septembre - 1 446 cas de violences basées sur le genre, c’est-à-dire de violences physiques, sexuelles, économiques, psychologiques et de violences conjugales, ont été rapportées.  Dans le but de lutter contre ce fléau, les panélistes ont appelé les professionnels des médias à revoir leurs approches pour traiter le sujet.

Khaira Thiam, Psychologue clinicienne a souligné que dans le débat relatif aux VBG porté par les médias, il y a deux aspects à prendre en considération. D’un côté les médias amplifient positivement tout ce qui se fait sur l’avancée des droits liés aux femmes et aux enfants. Et de l’autre côté aussi, ils contribuent à appuyer certains stéréotypes aussi bien dans la direction éditoriale, les choix des personnes, la manière de traiter l’information elle-même.

Mariam Selly KANE,Mariam Selly ha un account Directrice de la RTS2 et fondatrice de Debbosenegal, un magazine féminin en ligne dédié à la femme sénégalaise et africaine a souligné l’importance d’intégrer dans les écoles de journalisme une formation sensible au genre. En effet, la presse des violences basées sur le genre, notamment pour ce qui est des cas de viol, peut-être très humiliant pour la victime car mènes à une exposition voyeuriste blessante. Cela comporte le fait que beaucoup de victimes ont même tendance à renoncer à dénoncer à cause de cette exposition.

La modératrice était Diatou Cissé,  journaliste, présidente du syndicat des journalistes sénégalais (SYNPICS), ainsi que vice-présidente de la Fédération internationale des journalistes (FIJ*), a dynamiquement animée le panel qui a convergé sur le fait qu’au Sénégal les femmes sont malmenées dans les médias en termes de contenus, mais aussi de représentativité. Voilà pourquoi il est important que les journalistes se sollicite réciproquement pour faire des recherches sur ces sujets-là et pour traiter ces thématiques de manière neutre.

Ce Panel a été organisé le dernier jour de campagne des 16 jours d'activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles dont le thème est « Orangez le monde : Financer, répondre, prévenir, collecter ! » . Ceci nous rappelle l’importance de la mobilisation sociale pour le changement de comportement afin de promouvoir l’égalité de genre à travers les changements de normes sociales, la masculinité positive et la lutte au VBG et la promotion de l’autonomisation des femmes.

un article de Eugenia Pisani

Des bourses de stage pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes du Sénégal

Dans le cadre du programme PLASEPRI/PASPED, l'Agence Italienne pour la Coopération au Développement (AICS), en collaboration avec les Agences Régionales de Développement (ARD) des régions de Dakar, Diourbel, Kaolack, Louga, Saint Louis et Thiès, a ouvert, le 13 octobre 2020, un appel à candidatures pour la sélection de 1.200 jeunes formés, qui bénéficieront de bourses de stage. Ces bourses leur permettront de travailler pendant un an au sein d’entreprises souhaitant intégrer des compétences qualifiées, grâce à ce mécanisme.

Ces bourses répondent à la nécessité de soutenir les entreprises du secteur privé formel dans les 6 régions, en permettant à ces entreprises de disposer de compétences spécifiques dans leurs effectifs et donc d’améliorer leur positionnement dans leurs secteurs d’activité. Les entreprises participantes bénéficieront ainsi de subventions allouées à travers le PASPED (Programme de lutte contre l'immigration irrégulière à travers le soutien au secteur privé et la création d'emplois) financé par l'Union européenne (UE), un programme qui promeut à la fois le soutien au secteur privé sénégalais et l'insertion des jeunes formés sur le marché du travail.

Les jeunes formés pouvaient envoyer leur candidature aux Agences Régionales de Développement (ARD) jusqu’au 23 octobre. A la clôture de l'appel, près de 15.000 candidatures ont été enregistrées : 6.250 dossiers de candidature ont été reçus pour la région de Dakar, 1.167 pour la région de Diourbel, 2.661 pour Kaolack, 720 pour Louga, 1.590 pour Saint Louis et, enfin, 2.489 dossiers de candidature pour la région de Thiès. Cette participation massive, qui va bien au-delà des 1.200 bourses qui pourront être octroyées par le programme, souligne combien la demande d'emplois qualifiés par les jeunes ayant terminé leur formation est forte. Cela vient conforter la voie empruntée par le PLASEPRI/PASPED pour faciliter l'insertion professionnelle des jeunes formés mais aussi pour soutenir concrètement le secteur privé sénégalais grâce à l’intégration de compétences qualifiées.

Par Francesco Mele